Anti-philosophies de l’archive

À la suite de la journée de workshop « Voix vives, ou l’archive orale du présent » du 6 juin, nous proposons un nouveau rendez-vous ce samedi 7 juillet à la Générale Nord-Est.

Ouvert à tou·te·s, il est organisé dans un esprit de rencontre et de réflexion informels, et de continuités des échanges.
En particulier, toutes les contributions à la rencontre sont les bienvenues.
Nous vous invitons également à faire suivre cette invitation tout autour de vous, auprès de celles et ceux susceptibles d’être intéressé·e·s a y participer.

Anti-philosophies de l’archive (Voix vives ou l’archive orale du présent, une suite improvisée)
7 juillet 2018 à partir de 15h00
La Générale Nord-Est
14 Avenue Parmentier 75011 Paris (M° Parmentier)

15h00 Rencontre et discussion avec Paola Bacchetta
16h30 Présentation de la brochure « Co-écritures féministes », Collectif SFK
18h00 Rencontre et discussion avec Oreste Scalzone

Portez des fruits !

Entrée libre
À partir de 19h30 : Apéritif et performances improvisées
http://lagenerale.fr

Ce qui importe pour nous est le rapport entre le contexte de pouvoir, les archives, les dominants, et l’espace où les archives sont logées ou – comme le remarque Derrida – placées « en résidence surveillée ». Pour Derrida, les archives sont liées au privilège de ceux qui les logent et les interprètent. Derrida note que les archives ont une fonction d’unification, d’identification et de classification. Il nous demande d’observer comment les sources sont ordonnées et classées dans les archives. Il remarque que les archives produisent des exclusions et que les secrets et l’hétérogénéité les menacent. Il met en évidence la violence des archives, car la reproduction que les archives effectuent est une forme de destruction : elle bloque d’autres futurités. Pour Derrida, les archives agissent contre elles-mêmes, d’où le mal d’archive. Derrida développe dans son texte plusieurs dimensions de la notion de mal d’archive : (1) le « désir compulsif, répétitif et nostalgique de l’archive et un désir irrépressible de retourner à l’origine » ; (2) la rétention d’une origine spécifique par la répétition ; et (3) l’incapacité de l’Un (dans ce cas l’archive) à se différencier de l’Autre sans une réitération constante de lui-même.
Paola Bacchetta, « Re-Présence : Les Forces transformatives d’archives des queers racisé.e.s », Ateliers-Débats pour la création d’un centre d’archives LGBTQl, Carreau du Temple, 4 et 5 mai 2018, Collectif des Archives LGBTI. Frictions Magazine, 14 mai 2018, Voir en ligne : https://friction-magazine.fr/re-presence-les-forces-transformatives-darchives-de-queers-racise-e-s/

J’envisage la re-présence non pas comme une forme de représentation, mais comme une manière d’assurer la présence directement de fragments d’archives, et ici spécifiquement des fragments d’archives d’Anzaldúa. Des fragments existent dans plusieurs genres, y compris des genres très éphémères, et ils ne sont pas toujours faciles à identifier, et c’est pour cela qu’ils n’ont pas tous été collectionnés pour le moment. Cela dit, la re-présence ne signifie pas qu’il faut tout rassembler, tout les éléments, etc. ce qui correspondrait à une logique capitaliste d’hyper-accumulation. Il ne s’agît pas non plus de faire une simple inclusion, ce qui reviendrait à ajouter les queers racisés à ce qui existe déjà. La re-présence s’oppose d’une part à l’assimilation à la nation, en colonialité, au capitalisme, en homonormativité, et d’autre part elle est contre ce que Orlando Patterson appelle la mort sociale. La re-présence correspond à un désir de transformation, un désir d’insurgence, et je vais essayer de montrer ça dans le cas des archives d’Anzaldúa.
Dans l’approche des archives, on est saturé des rapports de pouvoir de la colonialité, du capitalisme, du racisme, des rapports de classe, de la misogynie, de la queerphobie, de la transphobie, et les travaux d’Anzaldua offrent une critique de tout cela, et même plus que tout cela, ils vont à l’encontre de la logique génocidaire aux États-Unis qui veut que les natifs soient toujours en train de disparaître, ils expriment également l’horreur devant tout ce qu’on tue dans le monde et en nous-mêmes.
Paola Bacchetta, « Re-présences de Gloria Anzaldúa », Voix vives ou l’histoire orale du présent, 6 juin 2018, La Générale Nord-Est.

Converser avec Oreste Scalzone est une expérience proustienne et futuriste à la fois. Le flux de la mémoire coule comme un torrent, mais ce n’est pas toujours un cours tranquille, des vortex émergent soudainement, et le tourbillon des souvenirs agit agité par un démon errant, les yeux fixés sur l’horizon dans une sorte d’éternel présent. « Je suis l’hypermnésie (le développement excessif de la mémoire), même si parfois, comme l’a dit Freud et comme cela s’est produit dans le Rashōmon de Kurosawa, je peux vivre une illusion de mémoire ».
Il y a cinquante ans, alors que la société occidentale était submergée par les événements de 1968, Scalzone était un jeune leader du mouvement étudiant. En ces jours de célébrations muséales qui font de cette formidable année une sorte de Risorgimento tiré à quatre épingles, Scalzone accepte de revenir sur la « scène du crime » pour esquisser ce qu’il appelle modestement une « anti-célébration », une « anti-cérémonie ».
16 marzo 1968-16 marzo 1978, 9’, Il Dubbio TV, 27 mars 2018, Voir en ligne : https://youtu.be/yiKeAZFSz_c
« Quando nascono i tribunali muoiono le rivoluzioni », Entretien avec Oreste Scalzone, par Daniele Zaccaria, Il Dubbio, 26 Mars 2018, Voir en ligne : http://ildubbio.news/ildubbio/tag/oreste-scalzone/

Do you remember Revolution, Loredena Bianconi, 116’, 1997
En Italie, au milieu des années 70, Adriana, Barbara, Nadia et Susanna ont 20 ans quand elles décident d’entrer dans la lutte armée, de quitter leur vie sociale et leur famille pour faire de la révolution le centre et le but de leur existence. Elles réapparaissent aujourd’hui, après de longues années de prison, elles essaient de raconter chacune leur propre expérience. Elles parlent des raisons politiques qui les ont d’abord soutenues, des conflits, des doutes, des déchirures qui ont marqué leur vie de femme prise dans le tourbillon de la guerre. Un parcours qui débouche sur la condamnation de la lutte armée et la douleur des vies détruites : celle des victimes et la leur.
Voir en ligne : https://vimeo.com/260750215

Le 6 avril dernier, nous nous sommes données rendez-vous pour lire des textes autour de la condition de la prison politique et en discuter. La question des prisonnièr·e·s politiques a fait surgir celle des possibilités et des ressources de résistance à toutes les formes d’enfermement et d’impasse liées aux conditions du politique. Nous nous sommes intéressées aux potentiels de la créativité subjective et aux impacts des situations d’oppression, de répression, d’enfermement et d’exil.
Extraits lus de : Charlotte Beradt, Das dritte Reich des Traums, Nymphenburger Verlagshandlung, 1966, Surhkamperlag, tr. fr., Rêver sous le IIIème Reich, Payot & Rivages, 2002 ; Berivan Bingöll, Bizim Gizli Bir Hikayemiz Var, İletişim, 2016 ; Valentino Nicola, « Rêves des détenus de la prison spéciale de Palmi », Revue Chimères n° 86, 2015
« Nos rêves… (Rencontre en solidarité avec les prisonnières politiques, 6 avril 2017) », Workshop radiophonique, 3-9 avril 2017, Espace Khiasma. Co-écritures féministes à l’invitation du Collectif Solidarité Femmes Kobanê, Juin 2018.

Voix vive, ou l’histoire orale du présent

Voix vive, ou l’histoire orale du présent
6 Juin 2018 de Midi à Minuit à la Générale Nord-Est
14 Avenue Parmentier 75011 Paris (Métro Voltaire)

MOUVEMENT DU 16 MAI / LA VIE MANIFESTE / R22 RADIO TOUT MONDE / ORESTE SCALZONE I COMPLICI / CHORALE 6 BÉMOLS ET 4 DEMIS / RADIO.GRAPHIE / REVUE THE FUNAMBULIST / COLLECTIF SOLIDARITÉ FEMMES KOBANÊ / PLATEFORME DES ALLIANCES TRANSNATIONALES TRANSLOCALES DÉCOLONIALES FÉMINISTES ET QUEERS (TITRE PROVISOIRE) / COLLECTIF DES ARCHIVES LGBTQI / CONSORTIUM TRANSGLOBAL D’ÉTUDES POLITIQUES / QUI VIVE / MEDFIL / HYBRID PULSE / ÉDITIONS MÉTAGRAPHES / VINCENT+FERIA / NINA ZIVANCEVIC / DELTANIK / ARNAUD ELFORT / MÉTIE NAVAJO / COLLECTIF BLACK(S) TO THE FUTURE & AMI·E·S / AVA SKIN

Voix vives, ou l’histoire orale du présent est une journée de workshop et plateau radiophonique public autour de l’histoire des mouvements, au croisement du collectif et des itinéraires personnels, les pratiques historiennes à la marge, les arts narratifs qui laissent de la place à la subjectivité, ces histoires au pluriel non historicisées qui ne suivent pas les logiques de l’histoire avec un grand H.
2018 fête 1968, ses camions de police alignés au bord du champ anarchique des utopies, et ses communes libres dans les occupations des universités.
Pourquoi pas ne pas en rester là, de ce qui s’inverse dans les résonances, et voir de ce qui surgit parle le langage du présent ?


PLATEAUX RADIOPHONIQUES : INTERVENTIONS ET DISCUSSIONS / LECTURES / PERFORMANCES SONORES · Live : http://r22.fr

  • Midi
  • Le jour de la sirène · #5
  • Métie Navajo · Chroniques de l’invisible
  • Oreste Scalzone i Complici · Anticonférence 1968/1978/2018
  • Camille Fauroux · Journal d’une grève entre-deux mouvements en Turquie et en France
  • Alexandra Dols · Journal du film « Derrière les fronts : Résistances et résiliences en Palestine »
  • Léopold Lambert · L’architecture comme arme coloniale (et décoloniale) en Palestine
  • Maïssoun Zeineddine · Live Radio.graphique
  • Naji El Khatib · Leila Elyaakabi · Valentin Schaepelynck · Analyse institutionnelle et socioanalyse des groupes
  • Arnaud Elfort · Histoires de monuments et vandalismes
  • Olivier Marboeuf · Vincent+Feria · Archives et oralités décoloniales
  • Paola Bacchetta · Re-présences de Gloria Anzaldúa
  • Saïmir Mile · Le Mouvement du 16 Mai
  • Collectif · Restitutions des workshops thématiques
  • Quentin Zimmermann · Norah Benarrosh-Orsoni · Mawena Yehouessi · Au delà de l’archive : politiques de la performance
  • Judith Kan · Behrang Pourhosseini · AvA sKin
  • Nina Živančević · À propos de Paradise Now
  • Deltanik · Carte postale sonore
  • Black(s) to the Future & Ami·e·s · Representations of an inescapable fact of existence : Dispersion(s), à partir de la pièce originale de Fallon Mayanja
  • Minuit

WORKSHOPS THÉMATIQUES

Rêver l’archive · De 14h30 à 17h30

Parmi les démarches de recherche autour des archives en mouvement des luttes et des études féministes et LGBTQI* d’ici et là-bas, et les transnationalités, translocalités, et décolonialités, qui s’élaborent différemment selon les expériences et les contextes, les généalogies, Rêver l’archive est un workshop en plusieurs temps d’interventions et propositions : énoncer ce qui de ces mouvements devient une archive à la fois matérielle et subjective, raconter une histoire collective par le fragment, faire circuler des pratiques d’archivage et de documentation, expérimenter et rêver nos passés à venir.
Les méthodologies de l’archive et de la documentation issues des disciplines du champ ont déjà démontré combien à chaque catégorie imposée répondra bienheureusement un en-dehors, et qu’il n’en existe pas un modèle qui saurait comprendre ce qui a existé qui nous relie.
Nous voulons proposer d’aller vers d’autres façons de faire circuler nos histoires, d’autres formes de création, de transmission, de réception de celles-ci. Bienvenue à tout·e·s.

Analyse institutionnelle et socioanalyse des groupes · De 15h30 à 17h30

L’analyse institutionnelle a été revendiquée par des expériences et des auteurs différents et parfois divergents – de La Borde à l’autogestion pédagogique, de Guattari à Lapassade.
On partira ici de l’hypothèse, discutable et que l’on pourra discuter, que l’analyse institutionnelle peut être entendue comme ce qui arrive aux collectifs, aux groupes et aux institutions, lorsque ceux-ci entrent en analyse, de manière préméditée, assumée collectivement ou à l’occasion d’un événement inattendu.
Cet échange à plusieurs voix s’interrogera en ce sens sur la portée politique de quelques notions, comme celles d’analyseur, de groupes-sujet, d’instituant et d’institué, de contre-institution, et leur pertinence pour penser et agir au présent.

2018 · De 17h30 à 19h30

Discussion libre autour du mouvement 2018 : quels sont les moments, les lieux, les mots et les images, dont les intensités nous importent, les formes d’action inventées, ce qui a changé ou qui se répète, dans le cours du mouvement social de ces derniers mois ?
De quelle façon nous rapportons-nous aux formes collectives qu’il a généré, aux espaces qui se sont élaborés, de prise de parole, de manifestation et d’action, au plan personnel et depuis les différentes situations qui ont plus particulièrement potentialisé les effets oppositionnels à l’ordre en marche des privatisations et des répressions ?
Tentative d’inventaire et d’analyse subjective à partir de quelques récits et interventions des participant·e·s présent·e·s.


ESPACE DE CONSULTATION : ARCHIVES SONORES / AUDIOVISUELLES / EN LIGNE


Buvette & Cuisine de La Générale Nord-Est
Entrée libre

Faire suivre / Partager : https://www.facebook.com/events/1719706078125728/

Violence politique, violence épistémologique

Séminaire de grève : Mercredi 2 mai 2018 à 15h00 au Café Le Relais de Belleville (1er étage)
34 rue de Belleville 75019 Paris (M° Belleville)

Cette séance vient conclure deux années du séminaire d’études politiques en Proche et Moyen-Orient (« Épistémologie et politique : Recherches en Proche et Moyen-Orient » en 2016-2017 et « Critique de l’État en Proche et Moyen-Orient : Enjeux épistémologiques et politiques » en 2017-2018) et ouvrir à de nouvelles problématiques autour des temporalité et subjectivités politiques, et la critique de l’histoire.
Elle se déroulera en deux temps, un premier temps réservé à une discussion autour du problème de la violence politique, et de la violence épistémologique en confrontant les recherches, puis dans un second temps, on réunira les prémisses d’un nouveau cycle de rencontres à venir.

Recherches en cours et discussion : Camille Fauroux (CRH-EHESS / Lille 3), Leila Elyaakabi (FUIQP), Béatrice Rettig (LLCP-Paris 8), Amir Kianpour (LLCP-Paris 8), Somayeh Rostampour (GTM-Paris 8).

Les problématiques de la violence politique et de la violence épistémologique pointent toutes les deux vers une critique de l’histoire, en tant que discipline hautement politisée et institutionnalisée.
À une violence politique, et une oppression systémique, s’adjoint toujours une justification théorisée de la domination, variable selon les temps et les lieux. Différentes théories de la colonisation puis de la globalisation néolibérale se sont succédées.
Ainsi, à la reproduction de la violence répond celle de la reproduction des cadres épistémologiques, et bien que la critique épistémologique ait fait l’objet de nombreuses remises en cause parce qu’elle n’était pas toujours formulée en terme d’économie politique, avec pour conséquence une essentialisation de ses productions, elle montre comment l’interruption du cycle de reproduction de la violence s’accompagne de remises en cause d’ordre épistémologique.
C’est ainsi que les pratiques historiennes à la marge, les inter-disciplinarités, la micro-histoire, les pratiques narratives qui laissent de la place à la subjectivité ou font appel à une épistémologie du point de vue ont été une ressource précieuse pour les mouvements des dernières décennies.
Plus largement, il s’agissait de ne pas opérer une critique de l’histoire détachée de tout contexte, mais d’articuler des démarches opératoires tant au plan des méthodologies que des productions elles mêmes.

Alexandra Dols : Derrière les Fronts, Résistances et résiliences en Palestine

Mardi 24 Avril 2018 à  16h30 en Salle A028 (Rez-de-chaussée du Bâtiment A)
Université Paris 8 Saint-Denis 2, rue de la Liberté 93526 Saint-Denis – Métro Saint-Denis Université

Projection du film « Derrière les Fronts : Résistances et résiliences en Palestine » (Hybrid Pulse, 113′, 2017) et rencontre avec la réalisatrice Alexandra Dols.

Derrière les fronts, propose un cheminement dans nos esprits et sur les routes de Palestine, en compagnie de la psychiatre psychothérapeute et écrivaine palestinienne Dr. Samah Jabr.
Dans l’héritage du Dr. Frantz Fanon, psychiatre anticolonialiste, elle témoigne des stratégies et conséquences psychologiques de l’occupation et des outils des palestinien-nes pour y faire face.
Dans ce film aux multiples voix, des extraits de chroniques, d’interviews et d’échappées poétiques dansent aux corps-à-corps avec l’invisible des rues et paysages palestiniens. De cette Palestine fragmentée, des femmes et des hommes aux identités plurielles partagent leurs résistances et résiliences.
Parce que la colonisation au quotidien n’est pas seulement celle des terres, du ciel des logements et de l’eau, elle ne cherche pas simplement à s’imposer par les armes, mais travaille aussi les esprits, derrière les fronts !

Le site Internet du film : http://derrierelesfrontslefilm.fr/
Affiches, Dossier de presse et Journal du film : http://derrierelesfrontslefilm.fr/telechargements/
Sur Facebook : https://www.facebook.com/DerriereLesFrontsLeFilm/

Pédagogie et politique : De nouveaux espaces d’émancipation

Nous analyserons comment les espaces de révolte, d’insurrection, de résistance à l’échelle mondiale donnent à voir les codes d’une nouvelle subjectivité subversive et créatrice et de micropolitiques de l’émancipation en devenir : Mouvement kurde et Révolution du Rojava, Mouvement vert, Printemps Arabes et Mouvement des Places, Place Tahrir, Gezi Parc, Nuit Debout, Place Syntagma, Place Maïdan, Mouvement du Chiapas, Révolte du vinaigre au Brésil, etc.
Nous interrogerons ces espaces d’émancipation en deux étapes différentes :
1. Espaces d’insurrection et transformations de la société,
2. Créativité des pédagogies alternatives dans ces espaces.
Le séminaire suit une orientation transdisciplinaire en joignant des approches des sciences de l’éducation, de la sociologie, de la philosophie politique et de l’art. 
Nous problématiserons comment les espaces de révolte, d’insurrection, de résistance, appellent et génèrent des savoirs de l’émancipation, et comment les dispositifs pédagogiques «  alternatifs, autogérés » sont mis en œuvre dans ces espaces, face à la construction hégémonique de l’appareil institutionnel / étatique, tels que l’Université du Rojava, les Académies solidaires en Turquie, l’Escualita zapatiste, etc. Il s’agit, dans un premier temps, de questionner la création de nouveaux savoirs de l’émancipation par les acteurs de ces espaces. Dans un second temps, il s’agit de comprendre en quoi ces espaces favorisent la créativité des pédagogies « alternatives » dans la société.
Les pédagogies alternatives contribuent à élargir les frontières de l’action des contre-savoirs, le partage entre les sociétés, et entre les enseignants et les étudiants. Nous remarquons à travers le monde un mouvement de Ras-le-bol contre le système monétaire, militaire, patriarcal et autoritaire. Une mise en regard des temps et espaces de l’émancipation et leurs différents facteurs permettront des analyses microsociologiques des langages de l’alternativité.

Pédagogie et politique : De nouveaux espaces d’émancipation – Séminaire donné par Engin Sustam, Maître de Conférence invité à l’Université Paris 8 Saint-Denis, dans le cadre du programme Pause ouvertes à tou-te-s au printemps 2018.
Contact : enginsustam (AT) hotmail.fr


Les séances ont lieu durant le second semestre 2017-2018, les mardis de 12h à 15h à l’Amphi A2 (Espace Deleuze) à l’Université Paris 8 Saint-Denis – 2, rue de la Liberté 93526 Saint-Denis (M° Saint-Denis Université).

 

Transnationalités, Translocalités, Décolonialités Féministes et Queers

À l’occasion de la présence à Paris de Paola Bacchetta, nous sommes heureux·ses de vous inviter au séminaire :

Transnationalités, Translocalités, Décolonialités Féministes et Queers

Mercredi 14 mars 2018 de 12h00 à 15h00
Salle C103 (Bâtiment C, 1er étage), Université Paris 8 Saint-Denis
2, rue de la Liberté 93200 Saint-Denis (Métro Ligne 13 Saint-Denis Université)

Table ronde suivie d’une discussion libre avec :

Paola Bacchetta (UC Berkeley) : Intersectionnalité : État de la recherche

Dawud Bumaye (Collectif QTR / Ed. métagraphes) : L’apport des féministes postcoloniales et queers racisé•e•s aux mouvements antiracistes en France

Fatma Çıngı Kocadost (Université de Lausanne / EHESS) : Tisser des liens pour une lutte transnationale contre les rapports de domination en Turquie et en France

Présentation et modération de la discussion : Türkan Yıldız (EHESS)

« L’une des approches les plus utiles pour penser le pouvoir globalement est la notion d’ »hégémonies éparpillées », qui montre l’existence de nombreuses configurations de pouvoirs chauds et froids, dispersées à travers le monde, à différentes échelles et dans différents registres – financier, militaire, ethnique, médiatique, technique.
Je propose de lui adjoindre la notion de coformations pour penser les rapports de pouvoir, les sujets, les conditions et les conduites.
En effet, dans la théorisation féministe dominante, le genre a souvent été conceptualisé comme un axe, un vecteur ou un système unique, ou en termes de classes de sexe binaires.
Or, aux États-Unis, les féministes « of color » ont utilement critiqué cette réduction, cette singularisation qui efface le racisme, les sexualités et la classe sociale, tout autant que les généalogies, les sédimentations et les pratiques actuelles de génocide, de colonialisme et d’esclavage.
À leur suite, les analyses féministes critiques considèrent le pouvoir comme étant organisé suivant des axes ou des vecteurs séparés, selon des systèmes qui se « croisent » (inter-secting), qui convergent autour de « points d’articulation », qui se combinent dans « des articulations » multiformes, qui sont « consubstantiels », qui forment « des points nodaux », ou encore qui constituent des « assemblages de pouvoir ».
Je pense qu’il est plus utile de conceptualiser ces pouvoirs, non pas comme des lignes séparées, même si elles s’entrecroisent, mais plutôt toujours/déjà comme des coformations multidimensionnelles dans lesquelles le genre, la race, la sexualité, la classe sociale, la postcolonialité, etc., opèrent inséparablement, à la fois dans les registres du discours et dans ceux de la matérialité. » – Réflexions sur les alliances féministes transnationales, P.B.

Collectifs QTPoC / Consortium transglobal d’études politiques
Contact (AT) transglobal-studies.org

Seevan Saeed : La question kurde en Turquie

Mercredi 7 février 2018 de 18h00 à 21h00 Salle A217 (Bâtiment A, 2ème étage)
Université Paris 8 Saint-Denis
2, rue de la Liberté 93526 Saint-Denis – Métro Saint-Denis Université

Seevan Saeed : La question kurde en Turquie

Les recherches de Seevan Saeed, avec « La question kurde en Turquie du PKK au KCK » examinent la transformation de la lutte nationale kurde en Turquie et le passage d’un mouvement politique à un mouvement social. La recherche montre que la lutte nationale kurde au cours du XXe siècle en Turquie a été largement un échec, et que l’émergence des Unions des Communautés du Kurdistan (KCK) a été une réponse directe et concrète à cet échec. La recherche étudie comment le KCK a transformé une lutte nationaliste politique unidimensionnelle en une lutte multidimensionnelle, incluant des dimensions politiques, culturelles et sociales. L’accent est mis ici sur la période allant de mars 2005,  à la création du KCK, à juillet 2011, période de formulation d’un projet d’autonomie démocratique par le KCK.
Afin d’expliquer comment et pourquoi le KCK a émergé, la recherche adopte une approche fondée sur les théories du mouvement social, et analyse le KCK comme un mouvement politique, social et culturel qui déploie diverses approches et pratiques. On étudie ce tournant du KCK en un mouvement nouveau, plus populaire et réussi, à travers les discours déployés au sein de la lutte nationale kurde avant et après la création du KCK. Le discours de la lutte multidimensionnelle est, en particulier, comparé au discours du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui était une réaction directe à la politique de l’État turc envers les Kurdes et leur lutte. L’analyse de ce processus s’appuie sur l’examen de nombreuses ressources contemporaines telles que les politiques et les littératures du PKK et du KCK, les rapports de renseignements gouvernementaux, les livres, les revues et des interviews qualitatives. En fin de compte, la recherche montre que la transformation du discours du PKK vers celui du KCK éclate de façon évidente sous la forme de son « modèle d’autonomie démocratique », un modèle alternatif au modèle de l’État-nation en Turquie.

Seevan Saeed est docteur en sociologie politique du Centre d’Études Kurdes de l’Université d’Exeter (Angleterre), et professeur associé du Collège d’Histoire et Civilisation de l’Université Normale de Shaanxi (Chine).

Sur une proposition de Mansur Tayfuri (LLCP-Paris 8)
Séance organisée en coopération avec le Séminaire Conséquences (ENS-Paris)

Critique de l’État II : La critique de l’État-nation au regard de la critique féministe et du genre

Vendredi 2 février 2018 de 13h00 à 18h30, Salle G-2 (Bâtiment G)
Université Paris 8 Saint-Denis
2, rue de la Liberté 93526 Saint-Denis – Métro Saint-Denis Université

13h00-15h30 Table ronde

Sonia Dayan-Herzbrun : La masculinité comme catégorie politique de la domination

Dans un texte désormais classique l’historienne américaine Joan Scott a défini le genre, qu’elle distingue soigneusement du « sexe biologique » comme « une façon première de signifier des rapports de pouvoir », constitutive selon elle des rapports sociaux fondés sur des différences perçues. Il implique selon elle quatre séries d’éléments: premièrement des symboles et des représentations symboliques culturellement disponibles, deuxièmement des concepts normatifs, troisièmement une notion du politique en référence aux institutions et à l’organisation sociale, et enfin ce qui relève de l’identité subjective. Le genre renvoie donc aux relations du masculin et du féminin, à « un champ premier au sein duquel, ou par le moyen duquel le pouvoir est articulé ». On peut extrapoler en faisant le constat, au sein de ce que l’on pourrait appeler une « anthropologie générale » que le masculin renvoie à la domination tandis que le féminin signifie et symbolise la soumission. Cette opposition binaire est donc une institution sociale, non un fait de nature. Elle peut donc être transgressée aux risques et périls de celles et ceux qui s’y hasardent. Les transgressions ne nous intéresseront que pour ce qu’elles nous apprennent de la réitération de la norme, sous ses multiples aspects. Le masculin se décline, en effet, sous différentes figures qui toutes renvoient à une image du pouvoir.

Éléni Varikas : Pour une théorie féministe du politique

Est-il possible de reprendre des concepts, des axiomes et des présupposés qui ont longtemps servi à délégitimer l’exclusion, l’assujettissement et l’obéissance, pour les mettre au service d’une redéfinition démocratique de la citoyenneté ? De concilier la complémentarité avec l’autonomie individuelle et l’autodéfinition des femmes ? De transformer la métaphore du « corps politique » en métaphore d’un pouvoir divisé ? L’avantage principal de cette métaphore est précisément qu’elle exclue d’emblée la multiplicité. Un corps androgyne, un corps avec deux sexes, avec divers traits caractéristiques et des couleurs diverses est par définition monstrueux : voilà le message que transmet depuis des siècles ce cors gigantesque que les modernes ont inventé pour neutraliser le danger de « la multitude à plusieurs têtes ». Selon ce message, un pouvoir divisible est monstrueux en ce qu’il mène par définition à la guerre et à l’anarchie. « Nul ne peut obéir à deux maîtres », dit depuis des siècles ce corps géant, non seulement aux femmes mais aussi aux « hommes de couleur », aux immigré•es, aux étrangers et aux étrangères, aux nomades, à toutes celles et ceux qui prétendent participer à ce qui est commun, la chose publique.

(Pause)

16h00-18h30 Workshop

Collectif : Interventions, lectures et discussion en solidarité avec les femmes prisonnières politiques enfermées dans les prisons turques et israéliennes

L’actualité de la question des prisonnièr-e-s politiques a fait surgir celle des possibilités et des ressources de résistance à toutes les formes d’enfermement et d’impasse liées aux conditions du politique.
L’initiative de ce workshop est inspiré par et l’une des suites d’une rencontre avec les recherches d’Assia Zaino sur les prisons israéliennes, avec « Des hommes et des femmes entre les murs, Comment la prison façonne la vie des palestinien-ne-s » (Agone 2016), de Sarah Caunes sur les luttes et les mobilisations des prisonniè-re-s enfermé-e-s à l’intérieur des prisons turques, et de Valentin Schaepelynck sur l’histoire de l’analyse institutionnelle. Elle réfléchit les initiatives collectives de solidarité avec les prisonnièr-e-s politiques en Turquie depuis le coup d’État du 19 juillet 2016 enchaînant sur une répression de masse, et le référendum du 16 avril 2017 conférant tous pouvoirs de l’exécutif au président turc Recep Tayyip Erdoğan. Elle réfléchit les situations d’ami-e-s emprisonné-e-s en Iran, passé-e-s ou encore vivant dans l’un des nombreux camps à l’intérieur ou à l’extérieur de la forteresse Europe, ou bien en Proche-Orient. Elle est une expression de nos solidarités avec les événements récents de Nabi Saleh.

Critique de l’État : Enjeux politiques et épistémologiques
Séminaire 2017-2018 du Consortium Transglobal d’Études Politiques
Contact.seminaire.po (AT) gmail.com
http://seminairepo.hypotheses.org
http://transglobal-studies.org
http://facebook.com/transglobalstudies

Critique de l’État : Un état de la critique en Proche et Moyen-Orient

Mercredi 24 Janvier 2018 de 14h00 à 17h00, Salle C103 (Bâtiment C, 1er étage)
Université Paris 8 Saint-Denis
2, rue de la Liberté 93526 Saint-Denis – Métro Saint-Denis Université

 

Naji El Khatib : L’État au Proche et Moyen Orient : Enjeux politiques et épistémologiques

L’intervention traitera des situations de la région en élaborant une réflexion critique sur les notions d’Identité, de Nation, d’État-Nation, de Frontières selon les espace-temps, les lieux géographiques et les contextes sociaux, économiques, politiques et juridiques en Proche-Orient d’une façon générale et plus particulièrement en ce qui concerne les peuples Palestinien et Kurde.
On proposera de croiser les points de vue concernant l’usage de ces notions afin de dégager un corpus de réflexion concernant l’émergence de nouvelles pensées politiques incarnées par les thèses du post-national comme issue possible pour la résolution du conflit israélo-palestinien, la fin du système d’apartheid/occupation actuel et vers une garantie de la citoyenneté en dehors de la nationalité.
Le désir d’État « national » chez les palestiniens et chez les kurdes a été et est toujours confronté aux réalités géostratégiques issues du passé et du présent colonial. Cependant, un virage est en train de s’opérer vers le Post-nationalisme (en Palestine) et le Confédéralisme (au Kurdistan). Ce virage est concrétisé par la production de nouveaux paradigmes appelés à remplacer les théories politiques issues de l’époque des guerres de libération nationale révolues. Or, une démystification du discours démocratique et laïque et ses nouveaux paradigmes est plus que nécessaire dans ce moment historique de bouleversement de la région toute entière.

 

Nan Kar Azadi Collective : Réflexions à propos des soulèvements récents en Iran

Pendant plusieurs jours, des manifestations contre la structure politique et économique du gouvernement iranien ont eu lieu dans plus de 90 villes, cela en dépit du fait que sous l’emprise d’un État militarisé toute démonstration politique dans la rue peut aller jusqu’à coûter la vie.
Ce soulèvement est inattendu et incompréhensible pour toutes celles et ceux qui ont négligé les protestations des syndicats d’ouvriers, d’enseignants et d’étudiants de ces dernières années.
Cette négligence tient aussi à l’invisibilisation de mobilisations qui ont eu lieu en amont de cette révolte et auxquelles ont participé des syndicalistes (terme qui n’a pas d’équivalent en persan car les syndicats ne sont pas autorisés), des enseignants et des travailleurs du secteur des transports.
Les mobilisations ont aussi concerné la question des retraites et le problème des sociétés de crédits. Depuis plus d’un an, les habitants des petites villes se manifestent devant mairies et banques, mais étaient restées invisibles.
Selon les chiffres officiels, au cours des 6 derniers mois, plus de 900 rassemblements ont eu lieu dans 50 villes différentes. (Extrait de la Tribune parue dans Libération du 18/02/2018)

 

Critique de l’État : Enjeux politiques et épistémologiques
Séminaire 2017-2018 du Consortium Transglobal d’Études Politiques
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