Il est nécessaire d’étudier les modèles anciens et ‎modernes de la formation des identités du « sujet politique » en Moyen et Proche-Orient, et ‎d’identifier le rôle de ces modèles dans la formulation de la mémoire collective. Ces identités ‎se caractérisent souvent par l’incertitude et l’ambigüité et se superposent (arabe, palestinienne, kurde, turque, persane, juive, chiite, sunnite, etc.). ‎

Les modalités de la formation de certaines de ces identités‎‎ (religieuses, linguistiques, nationales, régionales, etc) connaissent des évolutions ‎interdépendantes et/ou séparées dans le temps-espace historique.‎
Il est nécessaire d’examiner les différents contextes internes dans lesquels ces ‎identités évoluent, leurs formes d’autonomisation, de séparation, de reformulation.

Nous proposons l’hypothèse de l’interdépendance de ces identités dans la ‎diversité-spécificité.

Nous privilégions ici une approche critique des tendances actuelles de ‎politisation de ces identités, qui s’appuient sur des contradictions et des différences construites qui séparent des identités depuis ‎longtemps inter-mêlées (les Identités-États-Empires hégémoniques Turco-Ottomane et ‎Persano-Séfévide n’ont jamais réussi à homogénéiser les peuples sous leur domination). ‎

D’une part, il s’agit de remettre en question certains concepts dominants en adoptant ‎le point de vue des « Peuples-Sans-États » vivant à l’intersection des États existants, aux carrefours ‎des frontières et aux marges des centres identifiables politiquement et culturellement.

Il s’agit ‎alors de remplacer le paradigme « Nation-National » souvent placé au centre par les ‎paradigmes de la pluralité des « Peuples ». ‎
Ce déplacement mobilise les échanges intellectuels, artistiques, littéraires, etc. qui s’opèrent à ‎travers les barrières dites « molles » et inter-pénétrables (et modifie le sens des mouvements de la traduction).‎

Dés lors, il devient possible de repenser une série de concepts tels que les frontières, ‎l’exil, la diaspora, le déplacement, l’unité et la souveraineté, et de proposer des ‎catégories alternatives telles que l’hospitalité, la solidarité et le vivre-ensemble dans ‎un système politique post-national.

Les identités spécifiques, dans un système politique favorisant une identité-citoyenne ouverte telle l’expression majeure de l’individu-e-libre, n’encombrent en aucun cas ‎l’harmonie et la paix civile nécessaire pour le vivre-ensemble.

Il nous faut examiner les motifs qui créent « l’Autre » selon les idéologies nationalistes comme « le perturbateur » des identités collectives établies.
Nous soutenons que ces « troubles » ‎identitaires mutuels doivent être un champs d’étude, tant au plan scientifique ‎qu’au plan des pratiques sociales et politiques.‎

D’autre part, il est nécessaire d’intégrer les points de vue historiques et contemporains, ‎et ainsi éclairer la façon dont le présent est aussi le produit de son passé. ‎

L’accent doit être porté sur ce double mouvement du temps présent-passé dans la production de ‎modèles d’identités à travers les déplacements dans l’espace-temps : un mouvement ‎perpétuel entre les différents groupes notamment à travers les espaces géographiques ouverts ‎non-soumis aux pouvoirs étatiques dans certain cas et/ou malgré ces entraves étatiques dans ‎d’autres cas. ‎

Ce sont des approches critiques telles qui permettront de surmonter la rigidité des vieux concepts académiques ‎et politiques « étatiques » et « nationalistes » dominés par les préjugés coloniaux, par les ‎prétentions à la suprématie « raciale », afin d’ouvrir le champ des idées à la réflexion critique ‎décolonisée et désétatisée.‎

Notes réunies par Naji El Khatib, Juin 2017.

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